L’UDC prépare un coup d’Etat légal
Josef Zisyadis | 30 novembre 2009La victoire de l’initiative anti-minaret n’est qu’en apparence un coup de tonnerre. C’est une victoire d’étape de l’extrême-droite suisse.
D’ici 2011, date des prochaine sélections fédérales, l’UDC va occuper le terrain politique avec un maximum d’efficacité sur des thèmes de société les plus triviaux. Des thèmes susceptibles d’être à chaque fois des décrochages auprès des divers électorats traditionnels, tant de la droite radicale-PDC que des socialistes.
L’accumulation des forces est à ce prix. Car l’objectif est bel et bien de devenir majoritaire au Parlement ou presque majoritaire avec quelques idiots utiles de quelques formations politiques subalternes, pour prendre le pouvoir.
Ceux qui imaginaient que la progression à près de 30% de la formation d’extrême-droite était un sommet électoral difficilement renouvelable n’ont jamais mesuré les talons d’Achille de la démocratie helvétique.
Nous avions déjà une économie de casino bancaire au coeur de l’Europe, qui fait de la Suisse un paradis fiscal pour tous les riches réfugiés économiques.
L’utilisation de la cascade d’initiatives va permettre une prise de pouvoir correspondant à une nuit de cristal modernisée. Elle permet non seulement de ratisser plus largement que le vote partidaire, mais surtout d’utiliser l’une des plus grandes faiblesses de la Suisse: son système politique basé sur la faiblesse de la démocratie représentative, rythmé par les votations populaires successives.
Ces votations permettent une débauche de pognon sans contrôle des budgets et sans plafonnement des dépenses. Une autoroute à cinq pistes du fric, offerte à des manipulateurs de temps d’antenne, donc de temps de cerveau. Les tribunes médiatiques sont prêtes à recevoir les initiants UDC. Il s’agit ni plus ni moins du développement d’un suffrage censitaire.
Sans réaction à la fois politique et institutionnel, cela va aboutir à un coup d’Etat légal. Déjà ce soir, il était pathétique de voir tous les partis, du PS aux libéraux-radicaux, trouver des excuses et des raisons à l’inquiétude exprimée dans les urnes. L’ensemble du corps politique dérive dangereusement à droite et à une vitesse exceptionnelle.
Nous sommes entrés dans une autre phase du développement du fascisme alpin et il ne suffira pas de faire de simples appels à la raison.
Nous avons besoin de formes de résistance nouvelles, comme une grève de tous les exclus et stigmatisés de l’extrême-droite: immigrés, handicapés, chômeurs, naturalisés, doubles nationaux, sans-papiers, exclus, licenciés, minorités religieuses.
Sur le plan institutionnel, il faudrait suspendre le droit d’initiative tant qu’il n’y a pas de réglementation sur l’usage de fonds de campagne et leur transparence. C’est un électro-choc minimum.
Il faut faire vite, avant qu’il ne soit trop tard, pour nous tous.







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